La différence entre responsable et coupable

Le mot « responsabilité » crispe les personnes qui ont la fâcheuse tendance à se « victimiser ». Pourtant, responsable ne signifie pas coupable. Il est opportun d’apporter un éclairage sur cette notion. Car sa compréhension favorise des relations de qualités, où chacun pourra se sentir à sa juste place et cela sereinement.

Le sage et le scorpion

Pour illustrer cet article, je voudrai prendre à titre d’exemple cette histoire qui circule sur la toile : Un Sage voyant un scorpion se noyer, décida de le tirer de l’eau mais lorsqu’il le fit, le scorpion le piqua.

Par l’effet de la douleur, le Sage lâcha l’animal et celui-ci tomba à l’eau une seconde fois. Il tenta de le tirer à nouveau et l’animal le piqua encore. Quelqu’un qui était en train d’observer se rapprocha et lui dit :« Excusez-moi, mais vous êtes têtu ! Ne comprenez vous pas qu’à chaque fois que vous tenterez de le tirer de l’eau il vous piquera ? »

Le Sage répliqua : « La nature du scorpion est de piquer, et cela ne va pas changer la mienne qui est d’aider. » Alors, à l’aide d’une feuille, il tira le scorpion de l’eau et le sauva de la noyade. Puis il dit: « Ne change pas ta nature si quelqu’un te fait mal, prends juste des précautions. Les uns poursuivent le bonheur, les autres le créent. Quand la vie te présente mille raisons de pleurer, montre-lui que tu as mille raisons pour sourire. Préoccupe-toi plus de ta conscience que de ta réputation. Parce que ta conscience est ce que tu es, et ta réputation c’est ce que les autres pensent de toi… Et ce que les autres pensent de toi…c’est leur problème. »

Aider, donner, oui mais sans s’abandonner. Prendre soin des autres tout en prenant soin de soi. Au regard de nos valeurs et de l’amour que nous portons en nos coeurs.


La nature du scorpion est de piquer. Celle du sage est d’aider.

Dans cet exemple, on peut raisonnablement croire que le sage sait qui il est. C’est à dire qu’il a conscience de son identité, de ses valeurs. Ses actions sont le reflet de son engagement, et de son implication envers lui-même, indépendamment du regard des autres. En effet, il n’a pas besoin que les autres approuvent qui il est, et ce qu’il fait.

Ni bonne, ni mauvaise décision

Cela sous-entend qu’il n’y a ni « bonne », ni « mauvaise » décision. La bonne décision sera toujours celle qui respecte votre nature, et qui sera « au clair » avec vos attentes conscientes (plutôt qu’inconscientes). Lors de la réflexion qui précède la prise de décision, on peut évaluer une ou plusieurs conséquences.  Cette réflexion sera la base de la prise de décision. Une fois que tout est au clair, on décide. Et on s’engage. Dans certains cas, on s’implique envers autrui. Puis on agit. 

Si la conséquence, le résultat, diffère de celle que l’on avait envisagé, que se passe-t-il ? Le bon sens voudrait que l’on assume. C’est à dire que l’on cherche une solution pour rebondir, pour s’adapter. Ce qui va générer une nouvelle réflexion, et une nouvelle prise de décision. Puis on agit à nouveau (et on se donne les moyens d’obtenir le résultat que l’on attend de cette décision – en l’occurrence ici, à la deuxième tentative, le sage prend une feuille pour sortir le scorpion sans se faire piquer). Et ainsi de suite.

C’est ce que j’appelle être « Responsable ». Ce qui est très différent d’être « Coupable » ou encore «Fautif».

Responsable ne signifie pas coupable

Le dictionnaire Le Robert définit la responsabilité comme l’obligation ou la nécessité morale, intellectuelle, de réparer une faute, de remplir un devoir, un engagement. Mais dans cette définition, il n’est pas question de faute envers autrui uniquement. Or, la société aujourd’hui, aidé par le système juridique, agit essentiellement dans cette unique direction et cherche un fautif, un coupable parmi les autres.  C’est une vision partielle.  Il est temps de comprendre que nos actions envers les autres n’ont pas toujours une connotation de fautes envers autrui. Ni que la responsabilité pèse sur une seule des parties. 

C’est pourquoi le responsable qui se positionne en victime d’une faute suite à un choix mal mesuré, transfère en fait sa responsabilité. Pour reprendre l’exemple du sage et du scorpion, le sage qui se fait piquer en aidant le scorpion n’est pas une victime, et il ne se positionne pas en tant que tel. (Ce propos pourrait juridiquement être nuancée dans l’hypothèse où le scorpion aurait expressément sollicité l’aide du sage. Mais l’histoire n’en fait pas mention, et ce conte n’a pas vocation à illustrer un cas pratique de droit pour étayer le mécanisme de la responsabilité. )

Il n’est pas fautif non plus. Il ne commet aucune faute ni par sa décision, ni dans l’évaluation des conséquences.

Transférer sa part de responsabilité n’est pas une solution.

Ce que je souhaite exprimer en prenant exemple sur ce conte, c’est que le  Responsable assume les conséquences de ses actes, sans se positionner en victime, sans transférer la responsabilité sur le scorpion, ou sur les évènements extérieurs. 

Celui qui est Responsable sait qu’il peut avoir mal jaugé les conséquences d’une de ses décisions. En cas d’erreur, il assume. Il ne va ni se positionner en victime, ni chercher des justifications.  Ce ne sera pas une faute, il n’est pas pour autant coupable. Ce risque fait partie du mécanisme de prise de décision. C’est ce que l’on appelle l’expérience de vie. Mais le sage n’a pas commis de faute, pas plus que le scorpion. Le sage sait qu’en aidant le scorpion, il peut se faire piquer. 

 » Etre différent n’est ni une bonne, ni une mauvaise chose. Cela signifie simplement que vous êtes suffisamment courageux pour être vous-même.« 

ALBERT CAMUS

Qu’il ait évalué ce risque ou non ne change rien au fait que le sage se sait responsable de ses choix, de ses décisions, et donc de ses actes. Il les assume.

Et lorsqu’il se fait piquer, il cherche une autre approche pour sortir le scorpion de l’eau. Le sage ne change ni sa nature, ni celle du scorpion.  Et n’attend pas non plus qu’on le félicite pour son geste.  

Une autre version de l’histoire aurait pu être que le sage glisse une planche en bois à proximité du scorpion, ce dernier aurait nagé seul jusqu’à la planche, pour y monter, et sortir seul de l’eau.  Ou le sage aurait pu poursuivre sa route si il n’avait pas remarqué la présence du scorpion.  

Ces différentes versions pour signifier qu’il n’y a pas de mauvais choix, de mauvaises décisions. Chacun doit agir selon sa nature. Du moment qu’il ne transfère pas la responsabilité, et qu’il assume la responsabilité de ses actes.

Arrêter de jouer et sortir du triangle dramatique  

En étant conscient de ce qu’implique la responsabilité, on évite le piège du jeu dramatique victime/bourreau/sauveur. Ce triangle de Karpmann dont la théorie est très bien expliquée par Christel Petitcollin dans « VICTIME, BOURREAU ou SAUVEUR : comment sortir du piège ? aux éditions Poche Jouvence. Sortir de ce piège relationnel nécessite un bon équilibre émotionnel, dont l’acquisition peut nécessiter du temps , ceci d’autant plus que l’affect est très présent, comme c’est le cas dans les relations familiales, amicales, ou de couple. Toutefois, ce travail est enrichissant, et acquis pour la vie.

Par conséquent, prenez le temps de la réflexion avant d’agir. Evaluez les conséquences de vos décisions. Et quand bien même le résultat est différent de celui escompté, restez indulgent envers vous-même. Ne vous mettez pas sur la défensive. Dans le fond, il n’y a pas d’erreurs, ni d’échec, ce sont des expériences de vie. Ce délai de réflexion offrira moins de surprises désagréables en cas de conséquences non-souhaités. Et rappelez-vous de la distinction entre le fait d’être Responsable, de celui d’être fautif ou coupable.

Ce peut-être également une opportunité de se rendre compte des leviers inconscients qui se manifestent sous la posture défensive : un manque de sécurité intérieure, une acceptation de soi défaillante et donc, un énorme besoin d’approbation, un travail à effectuer sur son identité.  

Je ne porte pas de jugement de valeur sur les personnes qui ont cette tendance à se considérer victime. Il y a beaucoup de souffrance en ces personnes. Elles recherchent de l’aide. Mais l’aide qu’elle sollicite ne pourra pas les libérer de leur souffrance. Elles restent dépendantes de l’attitude des autres pour se sentir bien. Tant qu’elles ne retrouvent pas leur autonomie, et ne prennent pas conscience de leur part de responsabilité dans les situations qu’elles vivent, le cercle vicieux se répète, inlassablement, de manière cyclique, ce malgré le fait que leur expérience démontre l’absence d’amélioration.

Un prix lourd à payer

En écrivant cet article, je cherche surtout à mettre en perspective les conséquences de la « déresponsabilisation ».  Les personnes qui me consultent en thérapie me font part régulièrement des comportements de leur proche, et de la souffrance qui en découle. Pour assainir ces situations, il faut déjà prendre conscience du « désordre » qu’engendre le refus de responsabilité. Reprendre sa part de responsabilité, c’est reprendre sa juste place, et remettre de l’ordre dans la position que l’on veut avoir dans la relation. J’insiste sur le mot « part ». Dans n’importe quel conflit, la responsabilité n’incombe pas à un seul des protagonistes. La responsabilité incombe en partie à chacun d’eux. Vouloir sortir du conflit suppose que l’on ait l’intention de sortir de ce conflit et que l’on accepte sa part de responsabilité. Accepter sa part de responsabilité nous libère aussi de l’idée de vouloir avoir raison. Ce type d’attitude engendre celle d’imposer son point de vue à l’autre, empêche l’écoute et l’empathie. Ce qui coûtera très cher et va nécessairement nuire à la qualité de la relation.

Pour favoriser l’acceptation de sa part de responsabilité, il sera nécessaire de connaitre son identité, de savoir qui ont est. Car dans un conflit, il est très facile de se voir jugé sur sa personne. Développer des capacités d’empathie, de bienveillance, d’écoute, pour s’exprimer, s’affirmer sainement sera utile également. Le sage est bienveillant en sauvant le scorpion. Dans la tempête d’une discorde, savoir qui on est, comme le sage, permet de garder le cap. De rester ancré.  De prendre les décisions qui sont bonnes, non pas pour faire plaisir aux autres, mais bonnes et respectueuses envers soi-même. 

Entretenir des relations saines est possible quand les parties s’engagent et s’impliquent mutuellement pour un objectif commun d’entretenir un échange serein et paisible.

Rappelons enfin que chacun est libre de décider ce qu’il estime comme important pour entretenir une relation . De ce fait, chacun doit être libre de s’impliquer, ou non. Chacun est libre et surtout « responsable » de ses décisions, et des conséquences qui en résultent. 

Un accompagnement thérapeutique pourra s’avérer utile pour prendre du recul sur son comportement, avoir une meilleure image de soi, prendre conscience de son identité. Ces bases vont renforcer l’estime de soi et la confiance en soi. Le thérapeute pourra vous accompagner dans une meilleure connaissance de soi et ainsi une meilleure affirmation de soi. La sophrologie est une des technique adaptée pour effectuer ce travail.

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